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Les Roches grises.

La Côte de Jade si proche de Nantes ( 40 kms ).

Pourquoi, Jean Simon Voruz, d'origine suisse, entrepreneur pragmatique, paternaliste, a- t'il choisi cette falaise de la Boutinardière ?

Certainement pour le lieu sauvage, la proximité de l'estuaire et de Nantes avec un bateau, les sources d'eau de santé, l'engouement progressif pour les bains de mer et cette côte devenue à la mode attirant la bourgeoisie de Nantes, Angers, Le Mans, Chartres, Paris par une liaison ferroviaire réalisée ! (le nombre de cartes postales anciennes en est une  preuve pour La Bernerie en Retz), ... ou a t-il été attiré par les traces de minerais ferrugineux... ?

Jean Simon Voruz achète les terrains de la Bernerie en Retz en 1845, d'une surface de 45 ares face à l'océan. Cette villa qu'il fait construire est à un étage à toit plat peu courant dans la région et à cette époque sauf la Malouine à Pornic. Elle a deux ailes dans le même alignement face mer, elle est agrémentée de chaînes d'angle et d'entourages de baies en briques de la Sicaudais à Arthon sans doute. Le tout dans un style renaissance italienne comme beaucoup de "folies "régionales de cette époque (Vertou, Clisson, palais Briau), deux petits batiments symétriques près de la falaise donnent à l'ensemble plus de profondeur. Le kiosque hexagonal à 2 niveaux en briques domine la pointe de la falaise...appelée tour Voruz,  elle est devenue un des symboles de la commune.

Cette falaise abrita sa résidence privilègiée et sa famille durant les saisons estivales (4 à 5 mois d'été ) de 1850  à 1914 env... , puis... ? 

Je suis en accord avec le sens de l'article de monsieur Alain Croix dans "Place Publique" qui a vu dans Jean Simon Voruz un génial artisan, inventeur, meneur d'équipe  puis humaniste, comme si il avait voulu maintenir le savoir faire artisanal de ses débuts... On le ressent dans son comportement comme un génial bricoleur... en analysant sa façon de profiter et d'aménager cette villa "Les Roches Grises" à La Bernerie en Retz.

Nul doute qu'il est intervenu par ses idées dans la construction de cette villa comme dans le choix de l'emplacement. Jean Simon Voruz a dù la considérer comme son havre de paix, de récupération, de réflexion, et ce qui est moins connu, comme son centre d'expérimentation personnel  qu'il a utilisé toute sa vie. Il a dù l'aimer profondément et y savourer beaucoup de son temps disponible.

Quelques détails qui ne trompent pas :

- toutes les pièces de la maison sont traversantes , d'un côté on voit la mer, de l'autre le jardin et la campagne.

- deux ailes non habitées communiquant avec la maison pour réduire les manutentions avec des portails ... pour l' accès aux calèches, et certainement lingerie, cuisine,etc... c'était très rationnel. N'oublions pas qu'il a fait son tour de France fait son expérience jeune et que les moyens de locomotion sont encore rudimentaires.

-une toiture plate avec un garde-corps ajouré en tuiles et briques comme l'escalier extérieur tourné vers le jardin. Cette terrasse est accessible de l'intérieur par un escalier, sécurisée par le garde-corps. Elle offre un point de vue exceptionnel sur la baie de Bourgneuf et Noirmoutier.

-La maison est surmontée d'un mât de 8 à 10 mètres où l'on hissait les couleurs tous les jours, parait-il ?

- un jardin fruitier et à légumes  pour toute la famille et le personnel. Gageons qu'une serre y a été montée dès leur apparition afin d'obtenir des variétés fragiles et primeurs.

-le personnel était composé de 2 jardiniers, 1 lingère et 1 cuisinière, 1 palefrenier, et 2 marins pour son bateau . Il était normal d'afficher son train de vie à cette époque.

-un moulin cylindrique surmonté d'une éolienne pour amener l'eau courante dans l'habitation et au jardin.

-ce magnifique kiosque  en pierre et briques rouges de la région, qui domine toujours la falaise.

Il m'a semblé y avoir vu lors d'une visite dans le jardin il y a bien longtemps, un cubilot pour fondre du métal (J'ai  refait l'intérieur de celui de l' ENP Livet pendant mes études avec un camarade en cours de technologie....je ne pense pas me tromper !)

-puis, ce qui a dù lui coûter fort cher, mais a été très utile pour ses activités  et ses déplacements avant d'être un agrément.... le port dit St Jacques... impressionnant travail pour l'époque, d'une centaine de mètres de longueur très étudié car ajouré par des voûtes,il laisse la mer pénétrer, puis des piles maçonnées peu espacées surmontées d'un quai maçonné ou métallique ? ...et un garde-corps en métal. Son bateau est protégé. Il aura résisté sans doute une trentaine d'années (le béton armé est encore à ses balbutiements), le temps de son utilisation par Jean Simon Voruz empruntant la Loire entre Nantes et La Bernerie par tous temps, mais tributaire des heures de marées avec son bateau à voiles et à vapeur "La Fauvette" que l'on voit sur la photographie...Avant la Fauvette, un premier steamer à aubes aurait été utilisé " la Pyriole "(à vérifier aux A.D...)

Très exposé aux furies de l'océan, il se démantèlera petit à petit... De nos jours, il en reste peu de traces.

J'ai lu également, qu'il s'était essayé à la pisciculture ou à l'ostréiculture, aidé par l'emplacement en bord de mer et par ses moyens financiers. Il avait d'ailleurs une pêcherie avec un  gros treuil qui très rouillé existe toujours. Il lui était facile d'avoir des viviers le long de son port... De nos jours il aurait sa piscine avec eau de mer,jaccuzzi, etc...

Avec la Fauvette ,il assistait à des régates sur l'Erdre, remontait la Sèvre,la Maine, utilisait la Loire,le canal de la Martinière et l'Acheneau jusqu'au port de la Morinière à Port St Père.

Son petit fils Jean Baptiste Etienne conserva le chateau de Briord, et ..." ce fut là que notre grand père contemporain a croisé leurs existences, car il transporta avec son chaland le sable nécessaire aux travaux agricoles et aux travaux de  maçonneries de Briord et de ses métairies entre 1902 et 1914.

Récemment j'ai rencontré un fils de métayer des fermes du chateau de Briord... Confidences... Ce Mr  Jean Baptiste Etienne chassait beaucoup et avait été amputé d'un bras lors d'un accident de chasse... Sur le courrier de Paimboeuf, il est relaté que des régates étaient organisées souvent sur le plan d'eau du château.